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        En ce matin du samedi 27 mars 1970, il fait encore très froid au fond du gave d'Aspe. Un brouillard givrant, très tenace, recouvre la vallée déposant une fine couche de glace sur la végétation et la voir ferrée.

       Vers 06h45, un train de marchandises, principalement des wagons de maïs, s'élance de la gare de Bedous pour gagner la gare de Canfranc.

Deraillement.-01

        En tête de ce train se trouvent deux machines de la série BB-4200 "Midi" (la 4227 et la 4235). Ces machines ont déjà accumulé pas mal de kilomètres dans la mesure où elles sont sorties d'usine aux environs de 1925, soit 45 ans de bons et loyaux services. Entre Bedous et Canfranc, elles sont utilisées en Unités Multiples (U-M), ce qui permet à chacune d'elles de tracter 130 tonnes.

        Pour que ces machines puissent développer toute leur puissance, elles doivent être alimentées en 1500V. Mais ce matin là, seulement 1000V en moyenne circule dans la caténaire. Les raisons en sont désespérément simples. Les sous-stations de Bedous et d'Urdos sont censées fournir l'énergie nécessaire. Mais pour des raisons "économiques", celle d'Urdos a été mise en veille et ne fonctionne qu'à la demande. La sous-station suivante est située en gare des Forges d'Abel, soit une distance de 23 km. Une telle distance ne peut qu'entraîner des chutes de tension qui s'avèreront désastreuses.

Deraillement-02      Notre convoi attaque péniblement les premières rampes. Mais très vite, le peu de tension et le givre sur le rail entraînent le "patinage" des motrices et l'immobilisation du train en pleine ascension. Les mécaniciens appèlent çà "s'essuyer les pieds" et c'est l'incident qu'ils redoutent le plus. Dans une elle situation, il suffit, en principe, de sabler le rail afin de redonner de l'adhérence au convoi. Chaque machine possède des réservoirs latéraux remplis de sable ainsi qu'un système permettant de pulvériser ce sable devant les roues.

        Mais, car il y a un mais !!!, les sablières de nos machines ne sont pas suffisamment remplies et le peu de sable qu'elles contiennent est humide et compact, ce qui le rend inutilisable. La situation est critique mais pas encore désespérée. Il reste le "système D". L'aide mécanicien maintient les freins du convoi serrés ainsi que le frein à main des machines tandis que le mécanicien part à la "cueillette" de pierres suffisamment consistantes pour caler le train C'est au moment où ce dernier longe la voie qu'il perçoit un bruit inquiétant. Il se rend compte que le convoi s'est remis en mouvement...mais en marche arrière, c'est à dire en dérive. Son coéquipier n'a que le temps de sauter sur le ballast. Le convoi continu de prendre de la vitesse en raison de la pente de 35mm/m environ et, dans une courbe, disparaît de la vue des deux cheminots déconcertés. Sur ce parcours, la vitesse est limitée à 40 km/h. Ce matin tous les records de vitesse ont été battus, surtout en marche arrière !!!

        Il existe, peu après la gare de Lescun, un petit pont si insignifiant que personne n'a jamais pris la peine de le nommer. Son seul défaut est d'être de type "cage métallique". Notre convoi aborde une légère courbe peu avant ce pont à une vitesse estimée entre 140 et 150  km/h. L'inévitable se produit. Déséquilibré par la vitesse, le dernier wagon accroche l'armature métallique et un énorme fracas envahit la vallée, amplifié par l'étroitesse du gave Le convoi vient de terminer sa course folle dans le torrent dans un amas de poutrelles et de carcasses de wagons.

Deraillement-03 Près de là se trouve l'auberge de l'Estanguet (qui donnera son nom à ce pont maudit). Le propriétaire croit d'abord à un tremblement de terre ou à un éboulement de la montagne. Mais il réalise très vite que ce bruit de fin du monde provient de la voie ferrée et comprend qu'un accident vient de se produire. Il donne immédiatement l'alerte.

        Les autorités compétentes (SNCF, Gendarmerie...) sont rapidement sur place. Malgré l'ampleur du désastre, on décide de déblayer le gave. Un travail énorme mais tout à fait réalisable. Il est fait appel à l'Armée, plus particulièrement au Génie, qui est en mesure de fournir rapidement un pont provisoire. En attendant, un service de bus se substituera au train entre Bedous et Canfranc pour acheminer les voyageurs, le trafic marchandises est quant à lui suspendu. Une mesure tout ce qu'il y a de provisoire bien sûr.

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Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, sauf que...

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Dernière mise à jour : le dimanche 04 novembre 2007